Et si l'on inventait la littérature vieillesse ?
En 2050, 30% auront +60 ans. La littérature vieillesse propose des héros ridés, drôles et inventifs. À enterrer, explorer ou révolutionner ?
Quand j’émets cette suggestion, mes mots s’écrasent au sol et ne rebondissent dans aucun esprit de manière positive.Pourtant, l’idée s’impose. En 2050, trois personnes sur dix auront plus de soixante ans. Si les jeunes continuent à voir la vieillesse comme un fardeau, un coût, une inutile antichambre de la mort… Et si les plus vieux considèrent qu’ils ont assez cotisé pour finir leurs jours en SUV climatisé, on va droit vers l’implosion. Elle se traduira par du mépris, de la haine, de l’exclusion.
Pour éviter cette guerre annoncée, il faut changer les esprits. Quoi de mieux que la littérature depuis Homère pour le faire ? D’où la littérature vieillesse.
Des rides et des futurs
La littérature vieillesse, cela pourrait être des héros ridés, bedonnants, mais drôles, sagaces et capables de déplacer des montagnes. Des aventures où l’on tisse des liens et constitue des communautés de tous âges. Des écrits où l’on découvre que les vieux ne se gèrent pas comme des yaourts périmés et qu’ils peuvent inventer leurs futurs.
Finie la littérature des experts de la vieillesse qui encombre les étagères ! Place à la littérature qui décoiffe (le reste de cheveux), bouscule, fait rire, questionne.
Ce seraient aussi des livres adaptés au vieillissement : caractères plus gros, format moins lourd, et surtout permettant le passage fluide de la lecture à l’écoute. On est fatigué ? Un QR code ou une application, et on écoute la suite.
Une idée poubelle
La première réaction est aussi immédiate que définitive :
– Personne n’achètera un livre de littérature vieillesse.
Je demande d’étayer cette affirmation. Je comprends vite que c’est à cause du mot vieillesse . Mes interlocuteurs bredouillent qu’ils l’associent un peu (enfin, pas vraiment) à des mots comme déchets, rebut, poubelle… Il ne faut pas avoir fait Polytechnique en psy pour comprendre que la littérature vieillesse est perçue comme une littérature poubelle ou du moins très bas de gamme.
On m’a donc proposé d’autres mots issus du grand bazar du parler des vieux sans prononcer le mot maudit : littérature pour les seniors (ça sonne discount Leclerc), littérature des aînés (on dirait une chorale d’église), littérature argentée (comme les cheveux de mamie), littérature du troisième âge (après le bronze et le fer ?), littérature de l’expérience (façon CV LinkedIn), ou encore littérature mature (comme un camembert qui sent fort).
Bref, tout le vocabulaire politiquement correct pour éviter de dire qu’on va raconter des histoires de personnes qui ont des rides et ne courent plus après le bus.
Une experte m’a éloignée de son champ de pensée en déclarant :
– Créer la littérature vieillesse, c’est créer une nouvelle catégorie, donc de l’exclusion. Il faut au contraire rendre tous les livres accessibles à tous.
Ça s’entend, même si créer une catégorie permet de rendre visible. La littérature jeunesse a créé son public. Pourquoi la vieillesse n’aurait-elle pas droit à sa table de banquet (et pas juste une table basse avec des notices de pilulier) ?
– Aucun libraire ne fera une table marquée vieillesse, conclut-on.
Normal ! Pour l’instant, on a surtout des essais qui sentent la naphtaline et la statistique. Côté fiction, il y a quelques pépites (Lionel Shriver, Benoît Philippon…), mais elles ne sont pas encore nombreuses.
Du concept à l’expérimentation
Avant de jeter l’idée, j’ai décidé de la tester. Écrivaine-prospectiviste, j’ai imaginé deux fictions-prospectives qui mettent en scène innovations, réflexions et digressions sur le bien vieillir de demain. L’avantage de la fiction est qu’on peut tout dire de manière souriante et légère.
La première : 666 — Tribulations de seniors en 2050 , un livre illustré par Sophie Brakka. Je vous invite à le découvrir.
Ce livre étant conçu pour que les lecteurs passent de l’écrit à l’oral, j’ai cherché des moyens de financer cette innovation. J’ai compris qu’en ce moment, on préfère investir dans des couches, déambulateurs et robots intelligents, et que l’intelligence humaine ne fait plus recette !
Le deuxième : T’as de beaux vieux , un polar d’anticipation accompagné de 50 pastilles d’actualité 2050. A découvrir.
Pour conclure ce post long comme un jour sans amour, j’aimerais savoir ce que vous pensez de cette littérature vieillesse.
Pour vous, est-ce qu’il faut…
Enterrer l’idée avec les honneurs… et attendre qu’un miracle se produise.
Explorer la niche, lampe frontale allumée… et tenter de trouver un nouveau marché.
Lancer la révolution des imaginaires tout de suite… parce qu’on ne peut pas attendre la guerre des générations pour réagir.
Sourires. Anne-Caroline
* Vous pouvez aussi commander les livres. Ils seront envoyés début décembre. On rembourse ceux qui ne prennent pas plaisir à les découvrir.






Et comment cela a fonctionné ? Merci pour l'info.
Ça a été fait. Ça s’appelait la série grise chez Éditions Baleine de 2000 à 2002. Vous êtes sans doute trop jeune pour avoir connu la littérature vieillesse. Tant mieux pour vous :-)